Augustin Pineau. Le parapluie de tournesol ou
le piment rouge (suite)
Par Bertrand Meyer-Himhoff
La pratique du collage est poussée dans ses derniers retranchements.
Au départ, il y a les images imprimées qui s’accumulent
dans l’atelier mais pas n’importe lesquelles. Il y a une logique
de collectionneur dans leur quête, dans le hasard de leur rencontre
et dans leur classement. L’œuvre prend peu à peu sens
selon les lois d’une étymologie relative lors de son assemblage,
selon une chaîne associative très personnelle, par résonance
et non par correspondance. Tout finit par s’emboîter et par
s’ajuster. Augustin Pineau aime les jeux de cartes, les boîtes
de jeux, de l’Oie ou de Nain jaune. Il recycle parfois ses collages
plus anciens.
Chaque œuvre est une miniature méticuleuse. Chaque détail
se justifie en se juxtaposant à un autre jusqu’à obtenir
une figure générale nouvelle et signifiante. Le principe est
celui du bestiaire mythologique universel ou personnel de l’artiste
où l’homme et l’animal se confondent, celui des figures
fabuleuses qui nous ont durablement marquées au cours de notre enfance
ou celui plus savant de l’héraldique.
Les collages sont des
carnavals des objets, constellations d’instants, boîtes de voyage
(titres génériques). On peut convoquer Raymond Roussel pour
le processus, Marcel Duchamp pour ses machines célibataires et son
goût pour les « witz » mais pourquoi pas le
Joyce du Finnegans Wake… Mais on est et l’on reste dans un univers
plastique cohérent où malgré la fragmentation, c’est
l’unité synthétique qui reprend le dessus sur le chaos.Les
images reconstituées d’Augustin Pineau fonctionnent comme les
nôtres, elles sont des grimoires (grammaires) dont il faut reconstituer
le puzzle en recollant les morceaux pour savoir qui nous sommes et éventuellement
retrouver « la clef des songes »…
Dans une des régions les plus raréfiées
de l’esprit plane un petit nombre d’idées particulières
qu’il eut été dommage de ne pas saisir au vol de mes
distractions… 1
Au fil de ses ballades augustin pineau amasse quantité impressionnante
d’images en tout genres : emballages, flyers, cartes postales…
et se constitue une banque de données riche et diversifiée.
Opérant en iconographe, il coupe, colle et assemble selon des critères
variables « certaines associations sont formelles et picturales
d’autres s’effectuent sur le sens des images, d’autres
résultent d’un choix purement subjectif. Il y a l’histoire
des images, l’histoire que je raconte avec et l’histoire créée
par celui qui regarde, ce sont les lieux de passage entre ses histoires
qui m’intéressent, je travaille ces assemblages comme des écritures. »
Le résultat témoigne d’une fascination quasi jouissive
de l’image, tant dans l’observation que dans la manipulation.
Les images trimbalent leur époque (couleurs, graphisme, impression…),
leur fonction (publicité, illustration…), mises ensemble elles
deviennent les éléments d’une construction riche, subtile
et parlante.
Parfois simples collages en deux dimensions, conservés tels quels
ou prompt à servir à d’autres assemblages, elles se
mettent parfois en boites (Théâtres de la mémoire, boîtes
de voyage, Jocus solis (nain jaune)…) pour occuper différents
plans et se faire de l’ombre. « Ces boîtes sont des
véhicules, comme des bateaux, des vaisseaux. Ce sont des jeux de
langage, des petites boîtes à secret (arcana). Elles ont un
sens précis pour moi qui n’est pas forcément narratif,
mais sont surtout polysémiques. »
Géraldine basset
Au sujet de l’exposition
J’ai oublié mon parapluie
1 Gherasim Luca, Paralipomènes
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6, rue de l’Argéalas
34 160 Saussines
00 33 (0)6 17 93 42 00
00 33 (0)9 54 06 21 16
augustin.pineau@free.fr
Mes trouvailles sont la tentative d’une errance
à travers les plis et les replis du temps, du langage et de la mémoire.
Augustin Pineau